La campagne toute entière est blessure, et lorsqu’intervient la poétique de la terre, par exemple lors de la fécondation par l’eau de la terre de Ben Youb p. De la région d’Alger, l’action est déplacée dans celle de Tlemcen, que Dib connaît mieux, et dont le site se prête mieux à la poésie de certaines descriptions. E-mail obligatoire adresse strictement confidentielle. Nous sommes en Algérie, peu de temps avant la seconde guerre mondiale, en pleine colonie française. Videos de Mohammed Dib 2 Voir plus Ajouter une vidéo. Mohammed Dib nous présente un autre visage de l’Algérie, celui des campagnes, de la paysannerie algérienne.

Nom: mohammed dib lincendie
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La mer apparaît dès le début du roman comme un élément protecteur, aux fonctions essentiellement maternelles, ou du moins féminines. Par l’action, le narrateur a reconquis les temps anciens et leur sérénité, qui se confond avec celle de Nafissa et de la mer. Autres livres de Mohammed Dib 35 Voir plus. C’est donc bien sur les dynamiques internes au signifiant romanesque qu’il convient de s’interroger à présent. Même l’incendie de leurs habitations duquel les grévistes sont accusés et leurs meneurs, arrêtés ne fait pas bouger les fellahs dans leur résolution. La ville est ainsi vidée de tout ce qui, pour le désir du narrateur, pouvait être objet événementiel, lié à l’histoire.

Le dépassement du réalisme dans L’Incendie et Qui se souvient de la mer Unité que perd aussi bien une critique dénotative pauvrement attachée aux contenus successifs de textes dissemblables de ce fait, qu’une critique structurale qui détache un texte de la continuité de l’oeuvre, et en perd dès lors aussi la signification majeure. Dans la mesure où les textes de Dib antérieurs à l’Indépendance de l’Algérie ont été de loin les plus décrits, et particulièrement la fameuse trilogie, je ne les ai que peu convoqués ici.

Seul L’Incendie les représente. Seul roman publié avant l’Indépendance à être décrit ici, L’Incendie le sera donc beaucoup plus en tant qu’objet privilégié de lectures antécédentes, que comme objet véritable de ma propre lecture, même si je prétends à partir des lectures qui précèdent la mienne fournir un éclairage nouveau.

mohammed dib lincendie

Qui dit efficacité révolutionnaire dit, en Algérie des années 50 et 60, peinture de la colonisation, certes, mais aussi de la guerre d’Indépendance. Réflexion qui repose en ce qui les concerne sur une même mise en question du réalisme. Car le lieu référentiel d’une écriture romanesque est nécessairement plus vaste que celui de l’oralité, qui ne prend toute sa signification que dans un lieu précis.

Mais peut-être aussi, déjà, la relation de l’écriture et de la réalité: La trame narrative de L’Incendie est relativement simple. Il y sera le prétexte à des descriptions mohammec l’exploitation coloniale, que lui fait entre autres lincendiie vieillard nommé Comandar.

A cette prise de conscience les autorités coloniales comme leurs alliés parmi les paysans riposteront par l’incendie des masures, point de départ de la métaphore qui donne son titre au livre. Incendie dont le retournement et la généralisation seront bien sûr annonces de la Révolution à venir.

L’apprentissage du langage llincendie par les paysans ne peut se faire qu’à partir des langages, bien différents de ceux des citadins, moham,ed leur sont familiers.

Mohammed Dib, L’incendie | La Plume Francophone

Le roman sera donc aussi une manifestation captivante de ce langage bien étrange des paysans, pour les lecteurs citadins. Langage fort éloigné des catégories idéologiques, et bien rarement décrit par la littérature romanesque.

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On le verra plus loin. L’attitude de L’Incendie face à l’Histoire, ou plus précisément entre la société traditionnelle et l’Histoire, est à l’opposé de celle de La Terre et le sangde Feraoun, ou de La Colline oubliéede Kincendie.

Elle est d’abord, mohaammed pour Fanon, bien qu’à un degré moindre, dans une pratique militante de l’écrivain au contact de l’événement. Le réel, ici, précède l’écriture, qui le transpose à peine.

Mohammed Dib, L’incendie

Mais la transposition n’est pas innocente. De la région d’Alger, mohamned est déplacée dans celle idb Tlemcen, que Dib connaît mieux, et dont le site se prête mieux à la poésie de certaines descriptions.

Le fait passé et connu désigne ainsi indirectement le fait à venir, dont l’importance est bien plus grande pour le peuple algérien. Des mois s’écoulèrent encore. C’était la drôle de guerre. Il y a donc de L’Incendiedeux lectures, modelées par la situation historique du lecteur, selon que ce dernier se situe avant ou après le ler novembre Ce qui confirme, bien sûr, s’il en était encore besoin, qu’un texte n’a de sens que par et à travers sa lecture.

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L’Incendiepar ailleurs, a été composé explicitement dans l’optique d’une efficacité pédagogique militante. Dib s’en est expliqué souvent, et je renvoie ici aux extraits d’interviews que citent Jacqueline Arnaud ou Jean Déjeux.

Il est intéressant de noter l’application de Dib, venu d’un horizon littéraire plus hermétique, celui de ses premiers poèmes, à s’interroger sur la fonction militante du réalisme romanesque, à l’époque même où il écrivait La Grande Maison et L’Incendie. Ecrivains engagés contre le fascisme, comme il l’est lui-même contre le colonialisme. Une analyse linguistique pourrait montrer ici, comme dans bien d’autres romans de Dib, les mécanismes de la création d’un langage paysan, ou populaire, doublement condamné à l’arbitraire.

En tout cas à ne pas être une copie du réel. Tout en étant plus vrai que ce que serait cette copie. Arbitraire de la langue française. Arbitraire de l’écrit, et du registre malgré tout littéraire de l’ensemble. On assiste à la création d’une parole de ceux qui n’ont jamais parlé, au surgissement à l’Histoire, de ce qui semblait en être toujours exclu.

L’Incendie ne décrit pas ce surgissement à l’Histoire: Bni Boublen n’existe que parce que ses habitants ont été chassés de leurs anciennes terres par les colons. Les paysages mêmes ne sont là que pour dire cette Histoire. La campagne toute entière est blessure, et lorsqu’intervient la poétique de la terre, par exemple lors de la fécondation par l’eau de la terre de Ben Youb p.

Discours selon lequel l’espace de la tradition, de la terre et de la mère serait hors de l’Histoire, dont le lieu serait au contraire l’espace citadin. La véritable question n’est point tant même si cet aspect est important: Dès lors, l’historicité ne sera plus celle d’un espace, qui n’est après tout qu’un référent, mais celle des langages qui le produisent et qu’il produit.

Langages que le roman met en scène, représente devant nous. Mais langages au nombre desquels le roman est un langage parmi d’autres. C’est donc bien sur les dynamiques internes au signifiant romanesque qu’il convient de s’interroger à présent. Les référents culturels du roman algérien de langue française, l’intertextualité dans laquelle il s’inscrit, ne sont pas, bien s’en faut, uniquement français.

Mais son historicité, dans la mesure où la colonisation de l’Algérie qui l’a vu naître est française, se mesurera particulièrement à travers son rapport avec le discours français sur l’Algérie, et surtout le roman colonial que l’on commence depuis peu à décrire.

Bien plus, les colons n’apparaissent que fort peu dans L’Incendieet on ne les voit que très rarement prendre la parole. Cette observation peut se déduire de la constatation que fait Naget Khadda p. Enfin, Naget Khadda relève, sans le développer assez, que le rapport didactique est l’un des axes sémantiques essentiels du roman. Saraj enseigne aux fellahs les règles de l’organisation politique. Ba Dedouche donne à tous des leçons de sagesse et de sagacité.

Omar administre au Monsieur et à son fils une leçon. C’est bien en effet le consensus didactique seul, contrat tacite entre l’écrivain et son lecteur, qui rend plausible et vraisemblable la convention allégorique de toutes ces conversations de paysans dans une langue forgée de toutes pièces.

J’ai déjà montré qu’il s’agissait, dans l’arbitraire assumé d’une convention littéraire, de la création même d’une parole de ceux qui n’ont jamais parlé. La tension didactique sur quoi repose la vraisemblance idéologique de L’Incendie est donc double: Mais elle est surtout dans l’élaboration d’un langage par les paysans au contact de Hamid, ou en son absence.

Car Hamid Saraj, en présence des paysans, ne dit que peu de choses, ne prononce surtout pas un discours constitué. Elle cherche donc à amener les campagnes à reprendre en charge un discours citadin.

Sa tension didactique est triple. Après cela, on pourra revenir à l’analyse idéologique du discours politique de L’Incendie. Mais cette analyse idéologique ne prend son sens, pour moi, qu’à la lumière de cet élargissement du champ de la tension didactique du livre que je viens de tenter. L’Incendie est ce texte qui produit l’Histoire, enparce qu’il n’affirme rien, et que sa tension didactique, contrairement à celle de discours idéologiques trop fermement constitués, en fait le lieu allégorique où viennent se dire, se créer, et conquérir l’Histoire, les paroles inouies des fellahs.

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Zhor rêvait qu’elle parcourait un pays de montagnes et de forêts où, jeune, elle venait avec sa soeur Marna. Une douceur assoupie l’envahissait lentement. Un grand apaisement affluait en elle tel le courant d’un fleuve invincible. Doucement naquit une source: Zhor avait avalé sa salive, mais sa bouche resta ouverte jusqu’à ce que de nouveau elle en fût toute pleine. A présent, la salive s’écoulait entre ses lèvres.

Elle étendit les bras et recommença à se caresser le corps d’un mouvement endormi. Autant et davantage que de signifiés nouveaux, qu’on peut trouver facilement dans les textes idéologiques de Fanon, L’Incendie est producteur de signifiants: En tant que roman, genre littéraire qui ne répond à aucune tradition proprement maghrébine, L’Incendie produit de toute manière sa signification par rapport à des modèles étrangers.

L’Incendie n’échappe pas à l’ambiguïté des lieux d’énonciation propre au roman réaliste dont il suit en partie le modèle. L’objet sera ainsi décrit dans sa différence, mais au moyen d’un signifiant dont le fonctionnement métaphorique ne craint pas l’usage d’un vocabulaire issu de cultures plus livresques, lorsqu’il parle de l’araire du laboureur pp. Comment éviter, d’ailleurs, les caractéristiques littéraires propres au genre ici le roman que l’on choisit, et que l’on décide de respecter, précisément à cause de son efficacité éprouvée?

Cependant, les clichés littéraires d’un genre littéraire hérité vont se revêtir ici d’une signification nouvelle. Reproduction qui aurait été de toute façon impossible en français, et dans un roman. Et la convention même de certaines formulations sera là pour souligner implicitement cette rupture entre la parole montrée, et l’écriture qui tente de la signifier.

L’Incendie, Mohammed Dib, Littérature française – Seuil | Editions Seuil

Car la parole paysanne ici représentée n’est pas idéologique, au départ, même si elle conduit à l’idéologie. Le chapitre XV est, à cet égard, exemplaire. La première et seule réunion politique des paysans et de Hamid Saraj donne lieu à un débat dont les termes, même s’ils sont une réflexion sur la situation collective des paysans, ne sont pas directement politiques.

Lorsque Lincrndie Youb y dit: Il est évident que ce liincendie qu’après une série d’assertions de ce type, qu’un autre paysan pourra en venir au fait concret qui n’aurait pu être formulé d’emblée: La conversation n’avait pas beaucoup de rapport avec la séance?

MOHAMMED DIB – L’INCENDIE

Sans aucune gêne ni timidité, les paysans exprimaient leur vraie façon de voir les choses. Mais L’Incendie va plus loin qu’une simple représentation de la parole paysanne: Ces conversations culminent dans le chapitre XV, qui devient à proprement parler l’action politique essentielle du roman. Elles sont et elles font l’action. Or, elles sont et font aussi le récit, puisqu’elles sont rarement annoncées, présentées dans lincenide récit du narrateur anonyme.

La parole citadine est parole de maîtrise de l’espace, avec la matérialité duquel elle pose une distance. Or, cet espace, c’est la terre et la mère, certes, mais aussi le corps, dont le langage opaque récuse tout en y participant la transparence de la signification idéologique.

L’important, ici, est certes le sens, mais il n’est point de sens acceptable dans une réduction du foisonnement des signifiants. Le surgissement de sens nouveaux en des lieux nouveaux, dans L’Incendies’accompagne donc d’une prolifération des signifiants: Là parole des femmes comme celle des paysans impose d’abord sa propre épaisseur de signifiant. Et la sexualité comme le chant sont langages aussi impératifs, et plus efficacement producteurs de sens politique, que le seul discours idéologique qu’ils accompagnent et servent cependant.

L’incendie du pays, du nationalisme, est aussi l’incendie matériel des masures tout comme de la terre sous le soleil. Lui qui passe de l’incendie réel à l’incendie métaphorique p.